inflation ou inflations sous contrôle ?
D'abord le mot inflation, isolé, n'a pas de sens. Il signifie augmentation, gonflement ... mais de quoi ?
1-. En général pour le grand public, cette ellipse signifie "augmentation des prix", mais, là encore, lesquels et comment mesurer cette augmentation ? énumérer une liste de prix avec date et lieu de relevage (mais en quoi le prix du kg de tomates relevé à Marmande le 23 mai intéressera-t-il le Lillois le 26 mai) ? synthétiser cette liste en un chiffre supposer la représenter ?
Là interviennent les statisticiens, ces enfoirés comme les qualifie Alan Greenspan lui-même :
http://000999.forumactif.com/viewtopic.forum?t=1976Ce chiffre devient donc un chiffre politique, "on" introduit des variations sur son thème telles que : "inflation centrale", hors énergie, nourriture, ... et sur son mode de calcul (voir le lien précédent) ; il est publié et commenté dans les médias. C'est ce chiffre qui devient "l'inflation", c'est une chimère coupée de la réalité.
Alors, oui cette "inflation statistique" est sous contrôle (et à tous les sens du terme).
2-. Il y a donc aussi l'inflation réelle que tout un chacun ressent et pourrait mesurer. En général c'est juste un bilan de fin de mois (lorsqu'il faut payer des factures ou au vu des relevés bancaires) ou selon la sensibilité de chacun aux prix de certains biens ou services et en fonction des variations de ses revenus.
Par définition, cette "inflation personnelle" ne peut pas être sous contrôle des zautorités, mais chacun peut agir pour arbitrer un produit ou service devenu trop cher pour lui (en faisant jouer la concurrence entre fournisseurs, par la négociation, par la substitution d'un autre produit, par réduction de sa consommation).
3-. Il y a bien sûr l'inflation monétaire,c'est à dire l'augmentation de la quantité de monnaie, qui est la cause de l'inflation *générale* des prix : toutes choses égales par ailleurs, il est évident que plus il y a d'argent disponible pour une même quantité de biens et services, plus leur prix peut (va) augmenter.
En pratique les choses ne sont jamais "égales par ailleurs". Il faut du temps pour que les différents acteurs (producteurs, distributeurs, consommateurs, ...) se rendent comptent de la disponibilité de cette nouvelle monnaie, cherchent à en capter leur part (augmentations des prix, des salaires, ...) ... et y parviennent plus ou moins bien : l'augmentation n'est homogène ni dans l'espace ni dans le temps.
Sa distribution dépend principalement du point d'entrée de cette monnaie supplémentaire dans le circuit.
Or, dans la finance moderne, la banque centrale ajuste son taux pour contrôler la manière dont les banques commerciales créent, ex-nihilo, plus ou moins facilement (coûteusement) de la monnaie nouvelle en accordant plus ou moins facilement des crédits (variation de la demande de crédits en fonction des taux qui sont le prix du crédit).
Elles en sont donc les premières bénéficiaires et orientent cette monnaie nouvelle vers ce qui leur rapporte le plus (en rendement / risque) : l'immobilier ou le prêt à des organismes non bancaires (qui ne peuvent pas créer de la monnaie) qui prêteront ensuite pour des crédits à la consommation.
Cette inflation monétaire est, par nature, sous contrôle des zautorités sur son volume, mais moins dans sa répartition.
4-. Il faut également tenir compte de la vélocité de la monnaie, c'est à dire de sa vitesse de passage d'une poche à l'autre : à quantité de monnaie fixée, plus elle circule vite (plus les affaires se concluent vite en quelque sorte), plus les prix auront tendance à monter. C'est un aspect trop souvent ignoré et négligé. L'euphorie, et à l'opposé l'apathie, influent sur le niveau des prix.
C'est même, à mon avis, la clef qui empêche les banques centrales de lutter efficacement contre les bulles.
Une bulle s'amorce par l'abondance de monnaie qui provoque une augmentation sensible des prix dans certains secteurs (cf 3-.).
Ensuite apparait l'aspect spéculatif (qui caractérise la bulle) : l'argent se met à circuler plus vite, c'est l'autre facteur d'augmentation des prix (les marchands de biens des années 1991, les days traders de 2000, les "condos-flippers" d'aujourd'hui aux US, ...) : il faut acheter vite avant qu'un autre emporte l'affaire.
Même si la banque centrale ralentit la création de monnaie, voire en réduit le volume, les agents spéculatifs peuvent encore compenser un certain temps en accélérant la circulation de l'argent, c'est à dire en se refilant de plus en plus vite la patate chaude, quitte à réduire leur marge.
Puis le marché se bloque, trop cher, ou la baisse est amorcée et l'attente d'une baisse plus conséquente apparait : il est urgent d'attendre. La vitesse décélère violemment, l'énergie du mouvement s'évanouit. Le krach n'en est que plus violent, masse et vitesse diminuant de conserve.
Si ce modèle est analogue à celui de la mécanique, ce ne sont ni la masse M ni la vitesse V prises isolément qui comptent le plus, mais l'énergie cinétique monétaire M.V^2, ce qui expliquerait l'aspect parabolique des prix en fin de bulle et le brusque décrochement lors du krach : M diminue (la banque centrale à déjà réagi) ou se stabilise et surtout V chute brusquement lorsque le marché se bloque.
Cette "inflation de la vitesse", l'accélération, n'est pas sous contrôle car elle n'est pas facilement mesurable ni repérable et quel instrument permettrait de la contrôler ?
5-. D'autre part, à volume monétaire constant et vélocité monétaire constante, les prix varient tout de même de façon intrinsèque : les gains de productivité et le progrès permettent de produire davantage (nourriture) ou mieux (électronique). Ces prix là ont tendance à baisser, l'inflation des prix peut prendre ici l'aspect d'un prix constant (les 399 euros psychologiques d'un PC dont le nouveau modèle ne devrait en valoir que 387) ou qui baissent moins qu'ils ne le devraient.
A l'opposé certains prix montent par rareté (le pétrole consommé ne se régénère pas)
Cette inflation (ou déflation) là n'est pas sous contrôle : c'est le mécanisme naturel d'ajustement des prix.
6-. Quand on pense que pour contrôler l'inflation visible, celle du 1-, la banque centrale détermine l'inflation du 3- via son taux monétaire, en s'appuyant sur le mensonge (les statistiques du 1-.), l'ignorance (elle ne connait pas celle du 2- : un banquier central sait-il le prix du pain ? du loyer de son appartement de fonction ? du prix de sa voiture de fonction ?), et le flou (le 4-) !
Avec le retour à une monnaie non falsifiable c'est à dire non imprimable à volonté, comme l'or,
un paramètre de l'équation disparaitrait (la quantité de monnaie qui serait stable),
resterait à surveiller la vitesse, mais en l'absence de l'initiateur des bulles qu'est l'inflation monétaire basée sur le crédit, cela serait peut-être même superflu !