Ces pages sont à mon avis les meilleures analyses sur la question que j'ai pu trouver au cours de mes propres recherches. Il faut savoir que jusqu'à il y a peu de temps, un recoupement des statistiques permettant d'avoir une vision d'ensemble du tableau était quasiment impossible (je m'y suis frotté avec grande difficulté, tentant d'obtenir ici et là des chiffres).
Bien sûr, ces chiffres globaux reconstitués ne sont pas communiqués au grand public bien que depuis quelques mois, on entend ici et là dans les médias dire qu'il y aurait polémique sur les chiffres publiés, la DARES sortant recemment du chapeau le chiffre de 4,4 millions (au lieu des 2,2 millions du petit refrain mensuel...), et le dernier recensement en relevant 3,3... La vérité est manifestement au-delà!
Il faut juste savoir que LE jour de la publication des chiffres du chômage du mois écoulé (petit refrain mensuel), aucun directeur d'agence d'ANPE n'est habilité à les commenter dans la presse: il y a monopole exclusif du ministère du travail voire... du premier ministre pour la communication aux médias!
Bref, les pages ci-dessus ont été complétées récemment et expliquent bien je trouve comment deux stratégies complémentaires ont année après année (et avec des gouvernements de gauche comme de droite) été mises en oeuvre pour contenir les chiffres officiels:
PREMIERE GRANDE STRATEGIE:
Jouer sur la définition "d'emploi" (et donc de chômeur): qu'appelle t-on un emploi (et donc aussi un chômeur)? Et ce sans même aller sur la question qualitative, et en restant donc sur l'aspect quantitatif du nombre d'heures travaillées.
D'où l'introduction dans son analyse ci-dessus d'un "coefficient de travail" (ex: 0,5 pour un mi-temps) et donc d'un calcul de chômeurs (ou d'emplois manquants) en EQUIVALENTS TEMPS PLEIN, soit environ... 5,85 MILLIONS EN 2005!!!
Il faut faire remarquer bien sûr qu'il y a une différence importante entre un mi-temps choisi et un mi-temps subi par exemple, le premier devant ainsi être retiré du calcul en toute logique. Mais bon, ce n'est pas la majorité des temps partiels quand même... En clair, cette stratégie consiste à conserver pour les chiffres officiels surmédiatisés à destination du public une définition très BINAIRE du chômage et de l'emploi (le monde en noir et blanc: il y aurait les Kienont et les Kinenonpas, de job...) et dans les faits à faire grandir autour de cette approche BINAIRE, très restrictive, le fameux HALO (non médiatisé au niveau du grand public) des gens qui bossent sans bosser et qui chôment sans chômer... D'où l'apparition comme par miracle (et certains semblent du coup le découvrir aujourd'hui!) des "working poors" chez nous, comme aux US (travailleurs pauvres). A ce sujet je vais contacter d'ici peu Jacques Cotta, journaliste, qui vient d'écrire un livre "7 millions de travailleurs pauvres", qui était récemment dans un débat à Mots Croisés sur France 2, et qui écrit et affirme clairement lui aussi que LA PRECARITE EST VOULUE...
DEUXIEME GRANDE STRATEGIE:
Sortir des personnes de la population dite "active", en clair mettre des gens étant au chômage dans la catégorie des inactifs. C'est le cas par exemple des 420 000 DRE en France. La Grande Bretagne a été la grande spécialiste de cette méthode puisque depuis Thatcher, le nombre de personnes mises en invalidité et touchant ainsi une pension a été multiplié par 3, soit 2,5 millions de personnes et donc... 9% de la population active! Par ailleurs récemment, un rapport a mis en évidence le fait que 1,2 millions de jeunes anglais de 16 à 24 ans ne seraient... nul part dans les chiffres! Pas en emploi, pas à l'école,mais pas chômeurs!
On pourrait appeler cela une nouvelle forme de négationnisme de la barbarie sociale qui est au fondement de la société et de l'économie moderne: tricher sur les chiffres décrivant l'ampleur du SACRIFICE HUMAIN en cours...
GdB
PS: Je rajoute à cette liste ce lien car ACDC fait son retour (ou plutôt son arrivée!) pour dénoncer l'escroquerie à la démocratie que constitue la manipulation historique (mais surtout depuis une dizaine d'années) des "chiffres du chômage"...
Et comme je ne me lasse pas pour les nouveaux arrivés sur le forum de leur faire découvrir ma dernière pêche d'avant Noël sur le théme du NAIRU selon lequel oui, le chômage est bien un outil macro-économique de régulation de l'économie moderne au plus haut niveau, et qu'à ce titre, il est délibérement maintenu à un niveau "suffisamment élevé" en général supérieur au NAIRU, la PREUVE (enfin une parmi bien d'autres!) en VIDEO en News sur mon site:
Nombre de messages: 11353 Date d'inscription: 05/02/2005
Sujet: Re: Sur les VRAIS chiffres du chômage et de son HALO... Ven 26 Jan 2007 - 20:12
excellente et terrifiante synthése
_________________ Pépite Bull
g.sandro captain'
Nombre de messages: 6521 Date d'inscription: 04/02/2005
Sujet: Re: Sur les VRAIS chiffres du chômage et de son HALO... Ven 26 Jan 2007 - 20:49
diffuse ça en forum public histoire, à défaut de copistes, de faire naître des vocations de moines "cop/collistes"
et vengez listes...
_________________ SILVER is KING...Go GOLD...!!!
GdB piano bar
Nombre de messages: 1319 Date d'inscription: 03/04/2006
Sujet: Sur les VRAIS chiffres du chômage et de son HALO... SUITE Ven 26 Jan 2007 - 23:24
Donc, toujours vu sur l'excellent Actuchomage... sur base d'enquête du Canard Enchainé du 24 Janvier (un des rares journaux qui fait encore son boulot, à savoir servir de contre-pouvoir, rôle essentiel dans une démocratie; et ce sans aucune pub tout en étant rentable, IL FAUT LE PRECISER!)
Citation:
"Avec la plus grande discrétion, l'INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) vient de prendre une décision unique dans son histoire : la publication de ses chiffres du chômage est renvoyée au lendemain de la présidentielle. Tout commence, voilà deux semaines, par une tempête sans précédent dans les étages du siège de l'INSEE, un grand immeuble en bordure du boulevard périphérique : les ordinateurs "sortent" des résultats calamiteux qui montrent que le chômage ne baisse pas.
Contrairement aux déclarations triomphales de Villepin et aux statistiques publiées mensuellement par Borloo, le taux de chômage ne serait pas descendu à 8,7% de la population active (niveau record depuis 2002) mais se stabiliserait à 9,2%, soit le chiffre d'avril/mai dernier. Pas question d'avouer cet échec.
[...]
La deuxième semaine de janvier, les principaux dirigeants de l'INSEE se réunissent à huis clos et jugent plus prudent d'en référer à leur autorité de tutelle, le ministère de l'Economie. La décision qui tombe fait hurler les spécialistes des études statistiques de l'Institut : leurs conclusions ne seront pas divulguées avant le lendemain des élections."
Cette affaire des chiffres du chômage commence à sentir le roussi. Chose étonnante vous remarquerez qu'aucun parti en course pour la présidentielle ne se hasarde à lancer la polémique... Devinez pourquoi!
Pour mémoire, selon des recoupements sérieux de diverses sources, il y aurait en France environ 5,8 millions de chômeurs en équivalents temps plein, soit 22% de la population active, c'est-à-dire le même chiffre à peu de choses près qu'en... 1996! La DARES avance elle depuis peu le chiffre de 4,4 millions, ce qui prouve que ce sujet tabou commence à bouger un peu...
Nombre de messages: 1319 Date d'inscription: 03/04/2006
Sujet: Re: Sur les VRAIS chiffres du chômage et de son HALO... Lun 29 Jan 2007 - 13:58
Je poursuis dans la communication ici des travaux de ce collectif d'économistes et d'associations, Les Autres Chiffres Du Chômage (ACDC) qui a décidé de taper du pied dans la fourmilière.
Ils viennent de sortir leur note de synthèse N°2: "Chômeurs et chiffres sous pression" .
Une synthèse claire et CHIFFREE sur la " fausse réalité" de la baisse du chômage. Et un morceau de choix en provenance d'un récent rapport sur l'emploi de l'OCDE: voir l'extrait de la note ACDC ci-dessous qui va vite se retrouver très vite sur la page citations de mon site sur le NAIRU, sous la définition du "taux de sacrifice" ( http://lenairu.free.fr/pages/citationspag.html )
Citation:
"A quoi sert la pression sur les chômeurs ?
Si l’on ne peut évidemment pas espérer éliminer le chômage de masse en « activant » les chômeurs, pourquoi cette tendance générale, dans l’Union Européenne (cf. les réformes Hartz en Allemagne), à renforcer la pression sur les chômeurs ? L’OCDE, à sa manière cynique, apporte la réponse dans son récent rapport sur l’emploi :
« Les réformes structurelles, qui commencent par générer des coûts avant de produire des avantages, peuvent se heurter à une opposition politique moindre si le poids du changement politique est supporté dans un premier temps par les chômeurs. En effet, ces derniers sont moins susceptibles que les employeurs ou les salariés en place de constituer une majorité politique capable de bloquer la réforme, dans la mesure où ils sont moins nombreux et souvent moins organisés » .
Perspectives de l'emploi de l'OCDE (2006). Stimuler l'emploi et les revenus ; cité par Laurent Cordonnier dans un article récent du Monde Diplomatique (« Economistes en guerre contre les chômeurs ».
Autrement dit, pour réduire le coût du travail, précariser l’emploi et intensifier le travail de tous les salariés, il est sage de s’attaquer d’abord aux chômeurs. Telle est la fonction de ces politiques de « chasse aux mauvais pauvres » que sont les réformes récentes du contrôle des chômeurs.
Bon, je crois que c'est clair, et c'est l'OCDE qui l'écrit! Si ce n'est pas encore une fois une preuve du caractère éminemment opératoire du principe actif derrière le NAIRU, je ne sais pas ce qu'il faut de plus!
C'est la définition même du sacrifice ou du bouc émissaire...
Vous pouvez trouvez en avant première ce document Word sur le site Actuchomage (il n'est pas encore sur le site ACDC):
Nombre de messages: 1319 Date d'inscription: 03/04/2006
Sujet: Re: Sur les VRAIS chiffres du chômage et de son HALO... Mar 30 Jan 2007 - 3:39
Désolé de poursuivre dans les preuves du cynisme généralisé de certains milieux sur la question du chômage, mais ce n'est pas que du cynisme gratuit: c'est surtout le reflet d'une politique construite car mûrement réflechie et élaborée par de nombreux économistes depuis plusieurs décennies.
Et donc une autre courte citation qu'un lecteur de mon blog vient de signaler (je compte monter une brigade de NAIRUbusters, comme les Ghostbusters en leur temps! Avis aux amatrices et aux amateurs...):
Citation:
"La profitabilité des entreprises restera structurellement élevée, grâce à la mondialisation, la productivité élevée, la faiblesse des créations d'emplois et la faiblesse des charges financières", selon Jean-Pierre Petit, responsable de la recherche économique et de la stratégie d'investissement chez Exane BNP-Paribas.
Mince, c'est pas possible diraient certains, y'a une faute de frappe: il voulait dire le contraire sans doute?
Vous en êtes bien sûr? Car ça rappelle furieusement la fameuse déclaration d'un certain François Chevalier, il y a quelque temps sur France Info:
Citation:
27 MAI 2005, 12h59, France Info, La Bourse:
Le chef stratégiste de chez VP finance, François Chevalier, alors qu'on l'interroge sur les perspectives boursières dans les mois à venir, répond : " Le pire ennemi des profits financiers c'est le plein emploi [...] or, nous sommes loin du plein emploi.
Tous ces gens ne sont pas ni des gauchistes ni des illuminés sous la dépendance de drogues hallucinogènes dures (si ce n'est l'économie comme pseudo science...). Leurs déclarations sont sous-tendues par l'existence du caractère opérationnel du NAIRU, tout simplement!
Dans un essai de sociologie des milieux financiers, intitulé "Les traders" (La découverte/Poche), Olivier Godechot nous décrit l'univers de la "salle des marchés" d'une grande banque française (qu'il appelle la Compagnie Universelle) et réalise un certain nombre d'enquêtes et d'observations de terrain.
On trouve dans son livre, p.212 à 214, un passage fort intéressant qui se rapporte étroitement à notre sujet. Son but étant de mettre en évidence quels sont les types de raisonnements économiques qui sont majoritairement adoptés par les opérateurs boursiers pour orienter leurs décisions, il essaie de déterminer lequel des deux sytèmes de pensée économique semble dominer l'autre: l'approche keynésienne (hétérodoxe) ou l'approche dite néoclassique d'inspiration monétariste. Mais ce qui nous intéresse encore plus, c'est que pour cerner la réponse, il choisit deux questions censées être centrales pour départager les opinions, car omniprésentes en pratique dans les milieux boursiers. Et bien sûr, l'une des ces questions porte, vous l'aurez deviné, sur le trio "chômage-profits financiers-cours de bourse"!
Après avoir rappelé, p.212, le principe de la courbe de Philips et de la relation inverse entre chômage et inflation, il nous livre les résultats de son enquête.
A la question
"Une baisse du chômage aux Etats-Unis signifie t-elle pour vous",
*une hausse des salaires, donc du taux d'inflation, donc du taux d'intérêt, donc une baisse des cours des actions?
*une hausse de la consommation, donc des profits, donc une hausse des cours?
45% des opérateurs interrogés optent pour la première réponse!
des extraits du contenu fourni sur Hardinvestor peuvent étre reproduits en mentionnant TOUJOURS explicitement la source, c'est à dire le lien exact de la page Hardinvestor correspondante. L'utilisation dans le cadre d'une activité économique ou commerciale des informations et données de ce site est strictement interdite sans accord préalable de Hardinvestor.